« La collection Parlons… : il n’y a pas de magie ou les points faibles de la collection »


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Maintenant que nous avons pris le temps de souligner les nombreux points positifs de ces ouvrages, il est amplement tant de se pencher sur les principaux points faibles, les principales limites de ce(s) support(s) d’apprentissage. Toutefois, et d’ores et déjà, résumons simplement la principale limite de ce support en formulant simplement le fait que celui-ci ne sera clairement pas propice aux vrais débutants de la langue…

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« Un livre comme support, certes, mais aucune voix… »

Autant commencer par ce qui semble le plus évident en soi : l’absence de contenu audio accompagnant les différents ouvrages. Eh oui un livre cela ne parle pas et, malheureusement, il me semble que ceci constituera bien l’un des principaux points négatifs de cette collection. En effet, je dois bien avouer que certains de ces ouvrages se vendraient (à en croire certaines introductions/ quatrième de couvertures) comme de bons supports pour ce qu’il en est des débutants dans une langue. Ce propos ne tiendra évidemment pas tant, en premier lieu, l’absence de tout contenu audio ne permettra pas réellement d’entamer un apprentissage général dans la langue visée.

Dans le même ordre d’idée, et même si un peu de phonétique sera bel et bien présent, l’absence d’audio se fera cruellement sentir ; et ce,d’autant plus lorsque le contenu textuel vous proposera plusieurs nuances phonétiques en lien, par exemple, avec différents accents régionaux, ou même, plus largement, avec tout le contenu relatif aux éléments linguistico-historique. Après tout, s’il pouvait être très intéressant de mesurer l’évolution phonologique d’une langue, il serait évidemment beaucoup mieux de pouvoir l’appréhender auditivement parlant ; pour peu que la phonologie vous intéresse un tant soit peu.

Ce point phonologique est aussi à relier directement avec l’autre grande base lors du démarrage d’une langue à savoir : l’alphabet (pour les langues en disposant d’un et n’usant pas de l’alphabet latin bien sûr). Il est évident que, même si cette collection vous permettra d’avoir accès à tous un tas de langues dîtes mineures, celle-ci ne pourra que très faiblement vous permettre de maîtriser véritablement l’alphabet (dans sa dimension phonologique notamment). Le point essentiel étant, qu’en général, et à plus d’un égard, ces langues dîtes mineures seront très éloignées du français (ou des autres langues majeures européennes) ;ceci en incluant bon nombre de sons potentiellement très ardus pour les francophones. Toutefois, et en y regardant de plus près, il n’y aura pas que la question de la phonologie qui sera vraiment problématique…

« Une ressource pour les débutants…Pour l’alphabet, pas vraiment… »

Afin de poursuivre sur les quelques lignes qui précèdent, il me faudra souligner que cette collection ne vous permettra que trop difficilement de maîtriser l’alphabet dans son versant écrit. Le format de ces ouvrages malheureusement jouera, ici, un rôle assez contre-productif. En effet, l’alphabet vous sera présenté, souvent d’une traite (sur une ou deux pages) mais en usant de polices particulièrement petites à regarder. Le problème évident consistera en ce qu’il sera vraiment difficile de bien identifier les différents caractères de ce nouvel alphabet. Que cela passe par une police en écriture d’imprimerie un peu « vieillotte » *, par la taille des caractères en soi ou par leur présentation d’une seule traite (jusqu’à même les présenter dans de grands et très larges tableaux), je serais simplement tenté de dire que cela risque de vous piquer, un peu, beaucoup, les mirettes.

Compte-tenu du fait que certains caractères peuvent être, de prime abord, assez proches lorsque l’on commence une langue ou une autre, je dirais que ce support risque donc de vous rendre, au bout du compte, la tâche un peu plus difficile comparativement à d’autres. Heureusement, il existe quand même beaucoup d’autres outils susceptibles de vous aider dans l’appréhension d’un nouvel alphabet…quoique pour des langues mineures…Par ailleurs, si ce constat ne s’appliquera que trop grandement pour ce qu’il en ira de l’alphabet en lui-même, il s’avèrera encore exacerbé lorsque l’on se penchera sur toutes les subtilités incluses dans ce dernier (oral et écrit). En bref, je dirais que la maîtrise de la diacritique de la langue risquera vraiment de devenir une chose complexe en usant d’un support de la sorte.

Enfin, et pour conclure sur cette fameuse base que constitue l’alphabet, je dois bien avouer que les différentes indications relatives, par exemple, au sens du tracé des caractères (isolés puis associés) resteront très sommaires. En d’autres termes, les premières conventions à appréhender vis-à-vis de la production écrite seront peu présentes*et/ou peu clairement présentées.

* Nous constatons souvent que les caractères d’imprimerie ne mettent que trop peu en évidence certaines subtilités dans le tracé et ce, d’autant plus lorsque ceux-ci se trouvent être couplés à une taille de police particulièrement petite : 就你可以聽得懂嗎? (la preuve avec cette note…).

** Sur ce point, je resterais malgré tout assez prudent tant il me semble que beaucoup de différences doivent exister en fonction des différentes langues traitées.

« Une ressource pour les débutants…Tableaux, schémas, couleurs où êtes-vous ? »

Il convient à présent de s’intéresser à ce que beaucoup de débutants dans une langue considère maintenant comme plus ou moins indispensable. Que cela puisse s’observer au travers des applications de langues ou de la kyrielle de méthodes existantes, on ne va pas se mentir en disant que la question du travail de la forme restera désormais primordiale (ne serait-ce que dans un souci de démarcation vis-à-vis de la concurrence notamment).

De ce point de vue-là, il me faudra bien reconnaître que le travail dans la forme et la présentation du contenu restera plus que sommaire. Ici, vous n’aurez que très peu de contenu présenté sous forme de tableaux car, comme nous l’avons déjà mentionné, la direction générale de l’ouvrage priorisera la mise en texte plutôt que la vision schématique pure et dure.  Aussi, vous n’aurez donc aucun jeu de couleurs, ou une réelle utilisation de la mise en page (forme et contraste des encadrés, mise en relief de certaines polices, effets d’ombrages/scintillement, couleur pour marquer une signe de la diacritique…) afin de littéralement mettre en relief certains éléments jugés plus importants. Bien au contraire, vous resterez en face d’une mise en page plutôt classique (paragraphes, quelques espacements, certains termes en gras/italiques et autres retours lignes) …voire même très classique…

Comme vous l’avez déjà compris, si cela ne me pose personnellement aucun problème en soi, il est évident que cela ne manquera pas de déplaire à un grand nombre d’apprenants car une impression d’austérité générale pourrait,pour certains, se dégager de ce type d’ouvrages. Il est indéniable que ce type de support sera forcément moins ludique, moins vivant et moins dynamique que ne le pourrait être une application, ou même, une méthode papier globale en tant que celle-ci serait accompagnée d’un certain contenu audio. Ce type de document ne semble donc définitivement pas à mettre entre toutes les mains ; pour ce qu’il en va de l’amélioration concrète sur le plan linguistique tout du moins.

Dans le même ordre d’idée, il me semble essentiel de préciser que ce type d’ouvrage ne conviendra forcément pas aux apprenants vraiment visuels car la mise en page générale et les partis pris de présentation globaux ne reposeront précisément pas sur de pareils éléments de forme. En d’autres termes, et même si les visuels pourront trouver bien d’autres intérêts à ce type d’ouvrages, il est évident que, pour eux, cela ne constituera pas un véritable socle pour l’amélioration de leurs niveaux en langue (du point de vue de l’acquisition/amélioration concrètes de leurs compétences en tout cas). Effectivement, nous ne pouvons pas dire, ici, que les aptitudes/facilités des visuels soient vraiment mises à contribution.

« Une ressource pour les débutants…Aucun exercice concret pour pratiquer… »

Nous allons maintenant nous pencher rapidement sur l’absence totale d’exercices concrets d’application. Effectivement, aucun exercice pratique ne sera présent dans ce type d’ouvrage pas même l’un des plus classiques en soi à savoir le tristement fameux : « Please, fulfill the blank »…

Autant se dire que la pratique pour l’acquisition du vocabulaire ainsi que des nombreux éléments et structures de grammaires ne sera pas incluses directement dans cette collection ; ceci vous obligeant donc à créer par vous-même vos propres exercices d’applications. Or, même si le verbe « réviser » sera bien souvent l’un des verbes les moins agréables de toute l’histoire des verbes, nous savons bien que le fait de revoir les différentes notions abordées fera incontestablement partie du processus de l’apprentissage. En d’autres termes, autant vous dire que je ne peux que difficilement souscrire à l’idée que ce type d’ouvrages serait véritablement destiné à de vrais débutants…

« Une ressource pour les débutants…un séquençage évidemment discutable… »

Afin de terminer ce descriptif, il convient de mentionner que la progression générale en lien notamment avec la partie grammaire restera toujours discutable. En effet, si aucun de ce contenu n’est à jeter, je soulignerais quand même que certains éléments et structures grammaticales seront, à mon sens, abordées trop tardivement comparativement à d’autres. Il est vrai cependant que je n’épiloguerai pas longuement là-dessus car, nous le savons bien, la question du séquençage du contenu (cours, méthodes, ou autre format) est toujours une question délicate tant elle sera véritablement empreinte de subjectivité. Effectivement, tout le monde pourra aller de sa petite critique concernant l’intérêt moindre de tel pan de la grammaire (vis-à-vis de tel autre) mais on se rend compte assez vite de ce que cela dépendra de beaucoup de chose ; et à commencer par votre projet linguistique en lui-même.

Toutefois, si je souhaitais terminer ce dossier par ce point précis, c’est qu’au contraire de la partie « grammaire » (dont le séquençage ne me paraît pas toujours des plus pertinents) les parties « syntaxes » des ouvrages dont j’ai fait l’acquisition, elles, m’ont paru véritablement bien construites. Une progression que j’ai trouvé particulièrement bien réalisée et que je souhaitais donc souligner via la dernière ligne de ce descriptif général.

Lire la suite du dossier : « Collection Parlons… aux éditions L’Harmattan : mon avis résumé »

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Pour vous rendre sur le site de la collection « Parlons… » veuillez cliquer ici

Bon apprentissage à vous,

Matthieu -Rukmal- P

4 commentaires

  1. Entièrement de votre avis. La collection me paraît devoir être davantage utile à une personne ayant des notions déjà relativement développées (niveau A2, voire B1) de la langue. Un débutant va inévitablement très vite y perdre…son latin 😉 ! Certains des ouvrages de la collection sont difficilement accessibles à une personne n’ayant pas de notions de linguistique. D’autres sont de véritables traités de grammaire. D’autres encore, au-delà d’un lexique et de quelques notions fondamentales, sont orientés vers la civilisation et l’histoire, non vers l’apprentissage de base ni vers le développement des connaissances pratiques de langue. Je dirais qu’il n’a a pas semble-t-il de cohérence méthodologique de l’ensemble. On pourra bien évidemment rétorquer que chaque langue a son génie propre, que chaque auteur.e a sa manière de présenter sa langue. Tout cela est bien sûr vrai, mais il n’en demeure pas moins que l’approche n’est pas très aisée pour un débutant absolu. Cela dit, certaines langues ici traitées ne le sont nulle part ailleurs en français (voire en d’autres langues européennes courantes) et permettent, sinon une initiation, du moins de susciter la curiosité, l’ouverture à d’autres modes de pensée, la découverte d’autres horizons parfois insoupçonnés. La volonté d’en savoir plus, de chercher et d’approfondir viendra par la suite. Je salue donc cette collection unique par sa portée et son ambition d’étreindre le fabuleux domaine des modes d’expression du monde.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Claude Konqui,
      Merci pour avoir pris le temps de commenter.
      Entièrement d’accord avec votre avis qui résume parfaitement les points forts et faibles de cette collection. Mais une collection qui propose malgré tout quelque chose de rare à trouver ; et en français qui plus est !
      Quelle langue apprenez-vous ? Et merci infiniment pour votre abonnement.
      Langues d’Ailleurs

      J’aime

      1. Bonjour Rukmal,

        merci de votre commentaire en retour de mon message. En réponse à votre question, j’étudie le mongol moderne et classique à l’Université de Berne et je prends des cours privés de kazakh avec une enseignante-traductrice originaire de ce pays. Je suis un commençant très tardif puisque à 67 ans je prépare un Bachelor en « Central Asian Studies » à cette université, la seule en Suisse à offrir un tel programme. Je suis bien conscient que l’on ne débute pas une carrière académique à cet âge mais la passion pour cette région au coeur du continent m’a toujours habité. Il me fallait juste pouvoir concrètement y donner suite après quelques brefs séjours sur place. C’est chose faite depuis l’automne 2019 avec ma retraite professionnelle du musée où j’étais employé. J’adore les langues, que ce soit la mienne ou celles d’ailleurs. Coté Europe, j’ai envie de me mettre sérieusement à l’italien et de cesser de « bricoler » lors de mes séjours dans ce magnifique pays voisin. Et puis son accueil et sa culture… Côté Asie, je suis plus qu’intrigué par les langues sibériennes, en particulier le Touva, une langue « türk » parlée par le seul peuple de cette ethnie non islamisé. Le problème est que l’accès à cette culture centrasiatique de l’ex-URSS est plus que problématique pour qui comme moi ignore totalement le russe. Mais à se créer tant de prérequis on ne tente jamais rien. Enfin, dans une région très éloignée de mon centre principal d’intérêt, le Caucase, la surprenante langue géorgienne m’intrigue beaucoup, que l’on semble ne pouvoir rattacher à aucun groupe connu. N’étant point linguiste, je ne vais pas m’aventurer davantage sur ce terrain-là et je suis par ailleurs conscient qu’il me faudrait plusieurs vies pour apporter des réponses à mon esprit curieux. Restons donc humble et faisons au mieux. En ce sens la collection précitée nous ouvre de beaux horizons qu’il vaut la peine de découvrir.

        Aimé par 1 personne

      2. Bonjour Claude Konqui
        Merci à vous pour ce témoignage qui respire la passion. Autant par les langues que vous souhaitez apprendre que par la diversité de celles-ci.
        67 ans n’est finalement pas grand chose si vous avez la curiosité et l’envie sincère d’apprendre ces langues. D’ailleurs, le fait d’avoir trouvé une professeur pour une langue aussi rare montre déjà que vous êtes persévérant et motivé dans votre démarche et donc, ce faisant, nul doute que vous y arriverez.
        Merci encore pour ce beau témoignage très inspirant et j’espère que vous trouverez des aides supplémentaires sur Langues d’Ailleurs pour vous accompagner au mieux dans vos différents projets avec les langues.
        Bon apprentissage à vous.
        |Langues d’Ailleurs|

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